HiDA : Tradition et modernité ou oeuvre d’art et pouvoir avec la chanson Strange Fruit

Article Wikipédia sur Strange Fruit : http://fr.wikipedia.org/wiki/Strange_Fruit

TRADITION

Strange Fruit par Billie Holliday :

Article sur Strange Fruit : http://www.telerama.fr/musique/strange-fruit-et-billie-holiday-suspendit-l-histoire,110986.php

Paroles :

Southern trees bear a strange fruit,
Blood on the leaves and blood at the root, Black body swinging in the Southern breeze, Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene of the gallant South,
The bulging eyes and the twisted mouth, Scent of magnolia sweet and fresh,
And the sudden smell of burning flesh! Here is a fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck, For the sun to rot, for a tree to drop,
Here is a strange and bitter crop.

Abel Meeropol, Strange Fruit, (1937)

Traduction :

Les arbres du sud portent un fruit étrange.
Du sang sur les feuilles, du sang sur les racines, Un corps noir se balançant dans la brise du Sud. Etrange fruit pendant aux peupliers.
Scène pastorale du vaillant Sud.
Les yeux exorbités et la bouche tordue,
Parfum de magnolias, doux et frais.
Puis une odeur soudaine de chair brûlée.
Voici un fruit à picorer par les corbeaux
Que la pluie fait pousser, que le vent assèche. Pourri par le soleil, il tombera de l’arbre. Voilà une étrange et amère récolte.

MODERNITE

« Strange Fruit », extrait de Dark Like Me de Thierry Machuel :

On entend un choeur mixte a cappella.

On entend de nombreuses imitations entre les voix du choeur.

Thierry Machuel, à propos de Strange Fruit :

Langston Hughes est  né en 1902 à Joplin, dans le Missouri. Il a étudié à Columbia College à New York et à Lincoln University, en Pennsylvanie. Il a été, entre autres, marin, et garçon de courses dans une boîte de nuit parisienne. Il a voyagé sur les quatre continents, donnant des récitals de ses œuvres, parmi lesquelles The Weary blues, The Negro speaks of Rivers, Ask your Mama. Il est mort en 1967.

Écrite en hommage à Billie Holiday, Dark like me est une longue fresque évoquant la condition des Noirs aux Etats-Unis dans la première moitié du vingtième siècle. Les textes que j’ai rassemblés m’ont permis de construire l’œuvre comme une succession de courts tableaux : Brass spittoon, histoire d’un « boy » nettoyant es crachoirs dans les grands hôtels de Détroit ou Chicago ; Puzzled, expressions entendues dans les rues de Harlem sur l’augmentation du coût de la vie, la difficulté à trouver un emploi ; Afraid, sur l’angoisse de la solitude ; Homesick Blues, sur le désir d’un retour vers le Sud ; Daybreak in Alabama, sur l’espoir d’un monde plus fraternel ; Dream variation, rêve d’un instant heureux au coucher du soleil. Contrairement à ce que l’on croit souvent, je n’ai fait aucune citation : la composition des mélodies de Dark like me, comme le blues central ou le choral final, est un travail personnel, qui m’a demandé une attention particulière et pour lequel j’ai réalisé de nombreuses esquisses.

À l’inverse, l’ouverture de cette suite chorale est une variation pour chœur de la chanson de Lewis Allan Strange fruit, que Billie Holiday a créée et enregistrée en 1939 pour le jeune label Commodore, et non pour la firme Columbia, qui craignait que le caractère engagé de la chanson ne la discrédite auprès de sa clientèle sudiste.

Loin de chercher à transposer pour chœur la version initiale, j’ai développé un climat différent à partir du texte même : la mélodie de Lewis Allan n’est présente ici que d’une manière intermittente, le plus souvent au second plan, tandis que le caractère dramatique de la musique, qui à l’origine tenait essentiellement dans l’interprétation – inimitable – de Billie Holiday, m’a paru devoir s’étendre à l’écriture, notamment l’harmonie, les figures mélodiques et le timbre choral. Le chœur agit dans ce préambule comme un témoin, stupéfié par l’horreur de la scène qu’il nous décrit, et gagné peu à peu par un sentiment de révolte. Devenu le personnage principal de la narration dans Dark like me, il nous transmet alors son témoignage de l’intérieur, par la voix d’un « boy » – peut-être le poète lui-même – ou de Billie Holiday, à laquelle j’ai confié le magnifique poème « When I get to be a composer… », en hommage à sa créativité d’interprète. C’est à travers ce texte que la révolte exprimée précédemment se retourne en lumineuse espérance, dans un langage très proche du fameux discours de Martin Luther King, I have a dream, dont j’ai repris quelques mots pour les placer en contrepoint du tout dernier poème, Dream variation.

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