Lycée : rencontre avec les correspondants allemands

Le Soldat de Florent Pagny :

A l’heure où la nuit passe au milieu des tranchées,
Ma très chère Augustine, je t’écris sans tarder,
Le froid pique et me glace et j’ai peur de tomber.
Je ne pense qu’à toi,
Mais je suis un soldat.
Mais surtout ne t’en fais pas,
Je serai bientôt là.
Et tu seras fière de moi.

A l’heure où la guerre chasse des garçons par milliers,
Si loin de la maison et la fleur au canon.
Ces autres que l’on tue sont les mêmes que moi.
Mais je ne pleure pas,
Car je suis un soldat
Mais surtout ne t’en fais pas,
Je serai bientôt là
Et tu seras fière de moi.

A l’heure où la mort passe dans le fleuve à mes pieds,
De la boue qui s’en va des godasses et des rats.
Je revoie tes yeux clairs, j’essaie d’imaginer
L’hiver auprès de toi,
Mais je suis un soldat,
Je ne sens plus mes bras,
Tout tourne autour de moi,
Mon Dieu sors moi de là.

Ma très chère Augustine, j’aimerai te confier
Nos plus beaux souvenirs et nos enfants rêvés.
Je crois pouvoir le dire nous nous sommes aimés.
Je t’aime une dernière fois.
Je ne suis qu’un soldat.
Non je ne reviendrai pas.
Je n’étais qu’un soldat.
Prends soin de toi.

Une lettre oubliée de Juliette :

Mon amour, ma bien aimée,
Me voici trop loin de toi
Comment survivre éloigné
De ton cœur et de tes bras ?

De mon cœur et de mes bras
Tiens, je l’avais oubliée,
Cette lettre et qui ma foi
Peut me l’avoir envoyer ?

Si tu savais quel ennui
Loin de nos jeux amoureux
Est-ce André ou Henri
Ou Paul aux si beaux yeux?

Rien ne distrait la folie
Qui l’entoure mais rien ne peut
Détourner mon cœur épris
Oh non, ça ne peut être lui

Mon cœur, mon feu, ma joie
Je reviendrai sois en sûre
Vrai c’est la première fois
que je vois cette écriture

Ton portrait posé sur moi
Me protège et me rassure
Cette lettre entre mes doigts
Serait-elle une imposture?

Oui l’Enfer est de ce monde
Mais le pire est de compter
Ces jours, ces heures, ces secondes
Qui nous tiennent séparés

J’ai beau chercher dans la ronde
De mes amoureux passés
Dans quel amnésie profonde
Cet amant là c’est noyé

Mon amour, ma toute belle
Je t’aime et je t’aime tant
Il n’y a rien d’éternel
Rien qui ne résiste au temps

Un baiser sur ta prunelle
Sur ta bouche tout autant
Rien qui ne résiste au temps
Et la mémoire est cruelle

Mais adieu ma vie, mon cœur
Il faut bien que je m’en aille
On m’apelle, il est six heure
A demain, vaille que vaille !

A moins que ton artilleur
N’ait pour seules funérailles
Que les tranchées et la peur
Le vacarme et la mitraille

Sur ces pages abimées
Il manque une ultime morsure
La certitude affirmée
D’une simple signature

Mon amour, si d’aventure,
Au front je devais tomber,
Je voudrais que tu me jure
De ne jamais m’oublier.


juliette – une lettre oubliée par bisonravi1987

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